Gonçalo M. Tavares no ‘Magazine Littéraire’
No número de Outubro da revista Le Magazine Littéraire, que inclui um excelente e oportuníssimo dossier sobre Karl Marx, Sandrine Fillipetti escreveu uma recensão ao romance Jerusalém (Jérusalem), de Gonçalo M. Tavares, editado pela Viviane Hamy e traduzido por Marie-Hélène Piwnik. Eis o texto de Fillipetti:
«Rarement oevre romanesque a possédé autant de densité. En cela, le poète e romancier Gonçalo M. Tavares est une révélation. Un psychanaliste trompé par sa femme schizophrène avec un autre interné, obsedé par la quête d’une formule qui permettrait de comprendre «si l’horreur diminue au long des siècles ou augmente», son fils adoptif aux jambes trop maigres, un ancien soldat et une prostituée: les six personnages de Jérusalem naissent de la nuit et, voulant s’éprouver vivants, jouent leur destin dans les rues menaçantes d’une ville endormie. Parce qu’il y a chez eux un divorce entre le moi et le monde qui les rend littéralement étrangers à tout ce qui les entoure, ils accroissent le chaos dans lequel ils se débattent. Pour tenter de cerner l’inquiétante beauté de ce drame qui avance sans répit – premier opus d’une série, Le Royaume, centrée sur le Mal –, il faut se tourner du côté de Georg Kaiser, de Gottfried Benn, d’Ernst Toller ou des premiers poèmes de Johannes R. Becher, de la littérature et du théâtre expressionistes. Effaçant l’accessoire, balayant les frontières entre mauvais rêve et réalité, Tavares en brasse les principaux thèmes: rejet du principe d’autorité et de l’hypocrisie des prescriptions de la morale sociale, traumatisme de la guerre, corps entamés par la dégradation, exaltation de l’instinct, violence des individus et des sentiments, désespoir et lyrisme prophétique. Fragile et périlleux équilibre entre folie et raison, vérité et mensonge, mêlant la technique du Stionendrama à un style âpre et antinaturaliste d’une grande puissance évocatrice, Jérusalem renvoie à la vision de pourrissement d’un monde où tout n’est que mort et agonie, douleur et affliction. Le Victor Hugo des Misérables n’est pas non plus si loin: “L’homme que ne médite pas vit dans l’aveuglement. L’homme qui médite vit dans l’obscurité. Nous n’avons que le choix du noir.»
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